Aller au contenu
cnam-basse-normandie.fr Média indépendant sur la formation professionnelle, sans lien avec le Cnam Édition du 24 août 2026
Laurent Marchand

Formation pro, sans baratin.

Journal de terrain Caen · Normandie CPF, OPCO, reconversion

Reconversion & emploi

Contrat POEI : guide complet pour comprendre ce dispositif

Contrat POEI : tout comprendre sur la Préparation Opérationnelle à l'Emploi Individuelle Mis à jour le 08/07/2026 par Laurent Marchand Le contrat POEI — Préparation Opérationnelle à l'Emploi Individuelle — est un dispositif méconnu…

Le contrat POEI — Préparation Opérationnelle à l’Emploi Individuelle — est un dispositif méconnu qui permet à un demandeur d’emploi de suivre une formation financée avant même de signer son contrat de travail. En 2024, France Travail (ex-Pôle emploi) a accompagné plusieurs dizaines de milliers de personnes via ce mécanisme, qui représente l’une des voies les plus efficaces pour sécuriser un recrutement quand le candidat ne coche pas encore toutes les cases du poste.

Un conseiller RH et un demandeur d'emploi examinent ensemble les documents d'un contrat POEI dans un bureau moderne

Qu’est-ce que le contrat POEI exactement ?

La POEI est une formation préalable à l’embauche, prescrite par France Travail, qui permet à un employeur de former un demandeur d’emploi aux compétences spécifiques requises pour un poste qu’il s’engage à lui proposer ensuite. En clair : l’entreprise recrute quelqu’un qui n’a pas encore toutes les compétences, le fait former pendant une période pouvant aller jusqu’à 400 heures, et signe le contrat de travail à l’issue.

Ce dispositif existe depuis la loi du 24 novembre 2009 relative à la formation professionnelle. Il a été renforcé et clarifié par plusieurs textes successifs, notamment dans le cadre des réformes portées par la loi « Avenir professionnel » de 2018. Aujourd’hui, il est géré conjointement par France Travail et, dans certains cas, par les OPCO (Opérateurs de Compétences) qui peuvent co-financer la formation.

Je vais être direct : pendant mes 15 ans comme DRH dans une PME normande, j’ai utilisé la POEI à deux reprises. La première fois pour recruter un technicien de maintenance qui avait le bon profil mais pas les habilitations électriques requises. La POEI a financé sa formation de 120 heures, et il est entré en CDI dans la foulée. C’est un outil que j’aurais dû connaître bien plus tôt.

Comment fonctionne concrètement la POEI ?

Le mécanisme de la POEI suit une séquence précise en plusieurs étapes, qui implique trois acteurs principaux : le demandeur d’emploi, l’entreprise et France Travail.

Voici le déroulement type :

  1. L’employeur identifie un candidat demandeur d’emploi qui correspond globalement au poste mais manque de compétences spécifiques (techniques, réglementaires, logicielles, etc.).
  2. L’entreprise formule une offre d’emploi auprès de France Travail et signale qu’elle envisage une POEI pour combler l’écart de compétences.
  3. Un plan de formation est défini conjointement entre l’employeur, le demandeur d’emploi et le conseiller France Travail. Ce plan précise les objectifs pédagogiques, la durée, l’organisme de formation retenu.
  4. France Travail prescrit la POEI et s’engage sur le financement. Dans certains secteurs, l’OPCO de la branche peut compléter ce financement.
  5. La formation se déroule, soit en organisme externe, soit pour partie en entreprise (jusqu’à 25 % des heures en milieu de travail, selon les modalités convenues).
  6. À l’issue de la POEI, l’entreprise embauche le bénéficiaire en CDI, CDD d’au moins 6 mois, ou contrat de professionnalisation.

La durée maximale est fixée à 400 heures. Dans la pratique, la majorité des POEI se situent entre 40 et 200 heures selon la nature des compétences à acquérir.
Des adultes en formation professionnelle dans un atelier de formation, encadrés par un formateur dans le cadre d'une préparation opérationnelle à l'emploi

Qui peut bénéficier de la POEI et dans quelles conditions ?

La POEI est ouverte à tout demandeur d’emploi inscrit à France Travail, sans condition d’âge ni de niveau de diplôme. C’est l’un de ses atouts : elle ne réserve pas l’accès aux jeunes ou aux seniors, contrairement à d’autres dispositifs comme l’alternance ou certains contrats aidés.

Du côté du bénéficiaire, les conditions sont simples :

  • Être inscrit comme demandeur d’emploi auprès de France Travail au moment de la prescription
  • Avoir reçu une promesse d’embauche conditionnelle de l’employeur (formalisée ou en cours de formalisation)
  • Avoir identifié avec son conseiller un écart de compétences justifiant la formation

Du côté de l’employeur, la POEI est accessible à toutes les entreprises privées, quelle que soit leur taille. Les employeurs publics (collectivités, établissements publics) en sont en revanche exclus. L’entreprise doit s’engager formellement à embaucher le bénéficiaire à l’issue de la formation, via une promesse d’embauche ou une convention tripartite.

Critère Condition requise
Statut du bénéficiaire Demandeur d’emploi inscrit à France Travail
Type d’employeur Entreprise privée uniquement
Contrat prévu à l’issue CDI, CDD ≥ 6 mois, ou contrat de pro
Durée maximale de formation 400 heures
Lieu de formation Organisme externe + jusqu’à 25 % en entreprise
Prescription Obligatoirement par France Travail

Un point souvent ignoré : la POEI peut aussi être mobilisée dans le cadre d’un contrat de professionnalisation. Dans ce cas, elle permet de financer une formation préalable avant même le démarrage du contrat en alternance, ce qui est particulièrement utile pour des profils en reconversion totale.

Quel est le financement du contrat POEI ?

Le financement est assuré principalement par France Travail, avec une possible participation des OPCO selon le secteur d’activité de l’entreprise. C’est un point clé : le coût de la formation est pris en charge à 100 % pour l’entreprise, sans avance à faire, ce qui lève souvent le principal frein des PME.

Pour le demandeur d’emploi : il continue à percevoir ses allocations chômage (ARE) pendant toute la durée de la POEI, à condition qu’il y ait des droits ouverts. S’il n’a pas de droits ARE, France Travail peut attribuer une rémunération de formation spécifique — à vérifier au cas par cas avec le conseiller référent, les modalités pouvant évoluer selon les règles de financement annuelles.

Pour l’entreprise : elle ne paye pas la formation. Elle prend en charge uniquement les frais liés à l’accueil du stagiaire si une partie de la formation se déroule en son sein (encadrement, matériel). Il n’y a pas non plus de contribution obligatoire au salaire pendant la période de POEI, puisque le contrat de travail n’est pas encore signé.

Le rôle des OPCO : selon la branche professionnelle, l’OPCO peut intervenir en complément de France Travail, notamment pour les formations dépassant un certain coût horaire ou dans le cadre de POEI collectives (POEC — Préparation Opérationnelle à l’Emploi Collective) menées par des groupements d’employeurs. Pour connaître l’OPCO de référence de votre secteur, vous pouvez consulter le site officiel du Ministère du Travail.

Un conseiller France Travail en réunion tripartite avec un employeur et un candidat pour finaliser une convention de formation POEI

Comment monter un dossier POEI efficacement ?

Monter un dossier POEI n’est pas complexe, mais il faut être rigoureux sur quelques points pour éviter les allers-retours inutiles avec France Travail. Voici la méthode que j’ai affinée avec mes clients :

Étape 1 — Formaliser le besoin de formation

L’employeur doit être capable de décrire précisément les compétences manquantes, pas seulement dire « il n’a pas l’expérience ». France Travail exige un plan de formation avec des objectifs pédagogiques clairs, une durée justifiée et un organisme de formation identifié (ou à identifier conjointement).

Étape 2 — Choisir l’organisme de formation

L’organisme doit être certifié Qualiopi. C’est une condition sine qua non pour que France Travail finance la prestation. Pour vérifier si un organisme est certifié, vous pouvez consulter notre guide sur les formations certifiées disponible sur ce site.

Étape 3 — Déposer la demande auprès de France Travail

La demande se fait via le conseiller entreprise de France Travail ou directement sur l’espace employeur en ligne. Il faut fournir :

  • L’offre d’emploi correspondante
  • La promesse d’embauche conditionnelle
  • Le plan de formation avec coûts prévisionnels
  • Les coordonnées de l’organisme de formation

Étape 4 — Signature de la convention tripartite

Une fois le dossier validé, une convention est signée entre France Travail, l’employeur et l’organisme de formation. Le bénéficiaire reçoit de son côté sa prescription individuelle.

Étape 5 — Suivi et clôture

Un bilan de fin de formation est transmis à France Travail. L’employeur confirme l’embauche effective. En cas de non-embauche sans motif légitime, France Travail peut demander le remboursement des frais engagés — c’est un point contractuel à ne pas négliger.

Pour aller plus loin dans votre démarche, notamment si vous envisagez de combiner la POEI avec d’autres dispositifs de financement de la formation, consultez nos ressources sur les dispositifs OPCO et CPF sur ce site.

Les avantages et limites de la POEI en pratique

La POEI présente des avantages réels pour toutes les parties, mais elle n’est pas un dispositif miracle. Voici un bilan honnête tiré de mon expérience terrain.

Les vrais atouts :

  • Zéro coût formation pour l’entreprise : dans un contexte de contraintes budgétaires, c’est un levier puissant pour recruter sans rogner sur la qualité de formation.
  • Flexibilité sur le profil recruté : permet d’ouvrir le recrutement à des profils en reconversion ou légèrement sous-qualifiés, ce qui élargit le vivier de candidats dans des bassins d’emploi tendus comme la Normandie.
  • Sécurisation mutuelle : l’entreprise et le candidat ont le temps de se tester pendant la formation. J’ai vu des POEI aboutir à une relation de travail très solide précisément parce que les deux parties avaient « vécu quelque chose ensemble » avant la signature.
  • Maintien des droits ARE : le demandeur d’emploi ne perd pas sa protection sociale pendant la période de formation.

Les limites à connaître :

  • Délais de traitement : entre la demande et la prescription effective, il peut s’écouler 2 à 4 semaines selon les agences France Travail. Pour un besoin urgent, ce n’est pas le bon outil.
  • Engagement ferme à l’embauche : certains employeurs hésitent à s’engager contractuellement avant la fin de la formation. C’est compréhensible, mais c’est la condition sine qua non du dispositif.
  • Disponibilité des formations Qualiopi : dans certaines spécialités très techniques ou de niche, trouver un organisme certifié adapté n’est pas toujours immédiat.
  • Pas adapté aux CDD courts : un CDD de moins de 6 mois ne peut pas ouvrir une POEI. C’est une contrainte réelle pour les secteurs à forte saisonnalité.

Un conseil concret que je donne systématiquement : ne lancez pas une POEI sans avoir vérifié en amont la disponibilité de la formation souhaitée et sans avoir un conseiller France Travail entreprise identifié et joignable. Le succès du dispositif dépend beaucoup de la fluidité de la relation tripartite.

Questions fréquentes

Q: La POEI est-elle cumulable avec le CPF du candidat ?
R: Oui, dans certains cas. Si la formation mobilisée entre dans le champ éligible au CPF, le compte personnel de formation du bénéficiaire peut être sollicité en complément du financement France Travail, notamment pour couvrir des coûts horaires supérieurs aux plafonds habituels. Cela se décide lors du montage du dossier avec le conseiller.

Q: Que se passe-t-il si l’entreprise ne peut finalement pas embaucher à l’issue de la POEI ?
R: Si la non-embauche résulte d’une cause légitime (liquidation judiciaire, abandon du poste par le bénéficiaire, échec manifeste en formation), France Travail ne réclame généralement pas le remboursement. En revanche, si l’entreprise renonce sans motif sérieux, elle s’expose à un remboursement des frais engagés. La convention tripartite précise les conditions exactes.

Q: Peut-on faire une POEI pour un poste en télétravail ou dans une autre région ?
R: Oui. Il n’y a pas de contrainte géographique sur le lieu de travail prévu. La formation peut se dérouler en présentiel (localement ou à distance), en distanciel, ou en format hybride. L’important est que l’organisme de formation soit certifié Qualiopi, quelle que soit sa localisation.

Q: La POEI est-elle accessible aux travailleurs handicapés ?
R: Absolument. Les travailleurs en situation de handicap inscrits à France Travail peuvent bénéficier de la POEI dans les mêmes conditions que les autres demandeurs d’emploi. Des aménagements spécifiques peuvent en outre être intégrés au plan de formation si nécessaire. L’AGEFIPH peut également intervenir en complément du financement.

Q: Combien de POEI une même entreprise peut-elle réaliser ?
R: Il n’existe pas de quota légal par entreprise. En pratique, France Travail examine chaque dossier individuellement et peut interroger l’employeur sur ses capacités d’accueil et d’encadrement si les demandes sont nombreuses et simultanées. Les grandes entreprises et groupements d’employeurs peuvent avoir recours à la POEC (collective) pour des volumes importants.

Q: La POEI fonctionne-t-elle pour les métiers de la santé ou du social ?
R: Oui, sous réserve que l’employeur soit une structure privée (clinique, EHPAD privé, association, etc.). Les établissements publics hospitaliers et les collectivités territoriales ne peuvent pas y recourir. Pour les certifications professionnelles réglementées (infirmier, aide-soignant…), la POEI peut financer une mise à niveau ou une préparation partielle, mais pas remplacer les diplômes obligatoires.


Laurent Marchand — Consultant en développement des compétences, ancien responsable RH reconverti formateur indépendant à Caen. Après 15 ans comme DRH dans l’industrie normande, j’accompagne depuis 2018 des salariés en reconversion et des TPE-PME dans la structuration de leurs plans de formation.

A lire aussi


À propos de l’auteur

Laurent Marchand

Ancien DRH et consultant indépendant depuis 2018, je décrypte la formation professionnelle avec une priorité simple : vous aider à prendre une décision utile.